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LE CHÂTEAU DE WETTERSTEIN
MISE EN SCÈNE, CONCEPTION, SCÉNOGRAPHIE ET
COSTUMES CHRISTINE LETAILLEUR
« La chair a un
esprit qui lui est propre ! »
TSCHAMPER, IN LE
CHÂTEAU DE WETTERSTEIN
Voici une pièce qui
n’a jamais été montée en France. Dès sa parution, en 1912, elle
est interdite de représentation en Allemagne. Enfin jouée, elle fait
scandale et est à nouveau retirée de l’affiche en 1918. L’oeuvre
de Wedekind, mise à part Lulu –présentée au TNB en 2008
dans la mise en scène de Michael Thalheimer – reste d’ailleurs
peu connue. Rien qui ne dissuade Christine Letailleur, orfèvre en
textes sulfureux, et qui a su mettre à vif l’an dernier dans Hiroshima
mon amour, les peaux, les mots et les voix : « Je souhaite
mettre en avant, avec cette pièce de la maturité, la force du
langage et des dialogues dans lesquels Wedekind excelle. La langue est
très poétique, puissante et pénétrante. Elle porte l’action. Le
langage convainc, manipule les esprits, les êtres ; les mots agissent
pernicieusement, empoisonnent, tuent ». Comme l’a écrit Heinrich
Mann, Wedekind voulait graver les phrases comme des mots vivants dans
les âmes. Selon l’auteur, Le Château de Wetterstein est
la tragédie de la famille. S’inspirant des drames d’Ibsen et de
Shakespeare, il suit la quête d’une jeune fille élevée selon les
principes d’une éducation bourgeoise. Féministe avant l’heure,
Effie veut prendre son destin en main et vivre selon sa sensualité.
Ici la famille n’est qu’un leurre, le mariage un tissu de faux
semblants, l’amour un arrangement. Le sexe apparaît dans sa
puissance tyrannique, infernale. La pièce exalte la force de
l’instinct. Les êtres sont dominés par leurs désirs charnels et
leurs pulsions de possession, de destruction et de meurtre. La raison
n’a pas lieu d’être, le monde est gouverné par les affairistes
et les escrocs. Seul, l’argent domine. Pas surprenant que les
expressionnistes aient vu un précurseur en celui qui ne fut pas
seulement un poète bohème et briseur de tabous.
du mardi 09 novembre 2010
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